Le retard pris dans l'application du DIF fait peser un risque financier sur les entreprises
Depuis le 7 mai 2005, les salariés du privé peuvent bénéficier d'une formation de vingt heures par an, choisie en accord avec leur employeur, dans le cadre du droit individuel à la formation (DIF). Pour l'heure, ils sont peu nombreux à avoir fait valoir ce nouveau droit, excepté dans quelques branches comme la métallurgie et la chimie. Certains organismes privés proposent d'ores et déjà des formations spécifiques, mais elles n'ont pas encore vraiment démarré, faute de candidats. Et pour cause : la plupart des entreprises ont renvoyé l'application du DIF à l'an prochain, principalement à cause du retard pris dans la renégociation au niveau des branches de la loi sur la formation professionnelle, votée le 4 mai 2004.
Après un démarrage difficile, une centaine de branches ont signé des accords encadrant le DIF. Un accord sur cinq prévoit même des droits dépassant les vingt heures annuelles fixées par la loi, avec un maximum de vingt-quatre heures dans la boucherie. Les branches non signataires préfèrent de leur côté « prendre en compte les possibilités largement ouvertes d'une négociation au niveau de l'entreprise », note le ministère du Travail.
Si les grandes entreprises ont pris la mesure du DIF, la réforme a, en revanche, encore peu pénétré le monde des PME. Selon un sondage Ipsos, 60 % des dirigeants de PME ne connaissent pas le dispositif, un tiers n'en ont même jamais entendu parler. Les salariés, auxquels la loi donne l'initiative du DIF, ne semblent pas davantage informés. Les cadres, la catégorie de salariés la mieux informée sur le sujet, ne sont ainsi que la moitié à connaître les nouvelles opportunités offertes, selon le cabinet de conseil et de formation EFE. Conscients de ce déficit de notoriété, les partenaires sociaux ont donc décidé de lancer une campagne de communication en septembre.
Une « bombe à retardement »
Le retard constaté ne pénalise pas les salariés. Ces derniers ont tout intérêt à attendre, afin de bénéficier de formations plus longues, leurs droits étant cumulables pendant six ans dans une limite de 120 heures. Mais les employeurs ont intérêt à être réactifs, car le DIF peut devenir une « bombe à retardement », selon les termes de Pascal Chauvin, directeur associé du cabinet DIF-Expert, d'autant que la loi ne permet pas de provisionner les charges. D'après ses calculs, « sur une année, la masse salariale augmenterait de 2,5 % à 4 %, si tous les collaborateurs prenaient leur DIF en même temps. Au bout de six ans, la masse salariale augmenterait de 15 % à 24 %, de quoi générer un taux de faillite pour les entreprises les moins solides ».
Cette prise de conscience a poussé certaines entreprises à réagir (Veolia, La Poste, Peugeot, la SNCF). Mais il s'agit de grandes entreprises dont les salariés bénéficient déjà d'importants volumes de formation.