Pour l’ANDRH, la crise peut agir comme facteur d’accélération du processus de formation
« Innovation sociale et performance économique : emploi, emplois ? ». C’était le thème du forum annuel de l’ANDRH (Association nationale des directeurs de ressources humaines), organisé le mardi 12 mai. Il a notamment été l’occasion de revenir, au cours d’une table ronde, sur le développement de la formation professionnelle en cette période de marasme économique.
En guise d’introduction, Fabien Claire, journaliste à l’AEF récapitule les positions de l’ANDRH sur le projet de loi relatif à l’orientation et la formation professionnelle tout au long de la vie. Il souligne en particulier le regret de l’association sur la disposition concernant le droit à la formation qualifiante différée, présente dans l’ANI de janvier 2007, mais qui n’a pas été reprise dans le projet de loi.
D’autre part, estimant que la FPC peut constituer un véritable levier pour l’emploi, l’ANDRH considère que la crise économique peut agir comme facteur d’accélération du processus, permettant ainsi une appropriation plus rapide de la VAE et du DIF par les employeurs. L’association souhaite par ailleurs voir les fonctions de tuteurs dans les entreprises se développer, ainsi qu’une meilleure information quant à la FPC.
Développer et personnaliser l’offre de formation
L’ANDRH souhaite une labellisation des organismes de formation professionnelle. Les intervenants sont unanimes pour considérer que le financement de la formation professionnelle n’est pas le seul aspect sur lequel il faut agir pour la développer. « Récemment, nous avons mené notre troisième enquête européenne sur le sujet de la FPC. Or, il est apparu que la France fait plutôt partie du groupe des pays très formateurs […]. Cependant, nous nous sommes également penchés sur les raisons qui font que certaines entreprises, majoritairement des TPE et des PME, forment moins leurs employés. Lorsque nous leur avons posé la question, elles ont n’ont pas invoqué en premier lieu les questions de financement mais le fait qu’elles estimaient que leurs salariés étaient suffisamment qualifiés, qu’elles n’avaient pas le temps de former, ou encore que suffisamment de compétences étaient disponibles sur le marché du travail », indique ainsi Michel Théry (responsable du département Production et usages de la formation continue - Céreq).
« L’attention est toujours très polarisée sur la question du financement, mais ce n’est pas l’aspect le plus important de notre travail. Nous pouvons mettre tous les milliards que nous voulons sur la table, tant que l’on n’opérera pas un travail de développement et de personnalisation de l’offre de formation, on ne résoudra pas le problème », complète Jean-François Pilliard (délégué général de l’UIMM).
Henri de Reboul (délégué général d’IMS entreprendre) relève, quant à lui, « le travers français qui consiste à tout miser sur la formation initiale, ce qui a un effet nuisible sur la diversité car tout le monde n’est pas égal devant celle-ci ». Il souhaite voir les entreprises cesser de sélectionner leurs candidats uniquement sur le diplôme et les expériences passées pour se concentrer davantage sur le potentiel. « On parle souvent de hauts potentiels en entreprise. Pourquoi ne pas parler de forts potentiels, terme qui désignerait les profils d’autodidactes. » Ceux-ci n’ayant pas de formation initiale de haut niveau, il serait alors nécessaire de leur proposer du tutorat, ainsi qu’un accès privilégié à la formation et à l’information sur le sujet.
Pierre Ferracci (président du groupe Alpha), de son côté, souhaite voir se développer la négociation entre les branches et les entreprises, notamment sur la question de la GPEC : « La GPEC et la formation professionnelle sont très liées. Or, sur le plan symbolique, la GPEC a une image négative car on l’associe aux plans sociaux et aux restructurations. Il faut à présent en donner une image plus positive, basée sur son rôle d’anticipation. »
Le rôle de la Région « battu en brèche »
Autre sujet central du débat : la nécessité de promouvoir le rôle des Régions dans le développement et la gestion de la FPC. Les intervenants regrettent une tentative de retour au centralisme de l’Etat.
« Force est de constater que la volonté des partenaires sociaux d’associer pleinement la Région au processus est totalement battue en brèche. Avec le projet de loi, nous nous retrouvons avec une convention-cadre que nous devons signer avec l’Etat et cela va à l’encontre de l’idée d’une gestion locale de la FPC », regrette Annie Thomas (secrétaire nationale de la CFDT).
« Ce débat est surréaliste, ajoute Jean-François Pilliard. La loi sur la décentralisation a été votée depuis plusieurs années ! Tout le monde sait que l’action porte ses fruits au plus près du terrain. Si l’on veut que cette réforme produise ses effets, cela nécessite que soient prises de véritables décisions pour préciser rôle des acteurs. »